Bank of America recommande d’investir 4 % de son portefeuille dans bitcoin et les cryptomonnaies

À partir du 5 janvier 2026, Bank of America franchit un cap symbolique dans l’adoption des actifs numériques : ses conseillers en gestion de fortune peuvent désormais recommander une exposition aux cryptomonnaies, avec une allocation pouvant aller jusqu’à 4 % du portefeuille selon le profil de risque. L’annonce intervient alors que le bitcoin évolue autour des 92 000 dollars et rappelle que, malgré la normalisation progressive du secteur, la volatilité reste au cœur de l’équation.
Une allocation plafonnée à 4 % via des produits régulés
Le changement est moins une ruée vers la spéculation qu’un élargissement d’accès. Concrètement, les conseillers de Merrill, de la banque privée et de la plateforme Merrill Edge peuvent proposer des produits cotés liés aux actifs numériques (ETP/ETF), sans exiger de seuil d’actifs minimum. Jusqu’ici, l’accès aux ETF sur le bitcoin était réservé à des clients répondant à des critères patrimoniaux prédéfinis, en place depuis le début de l’année 2024.

La banque évoque une allocation « modeste » de 1 % à 4 % pour les investisseurs attirés par l’innovation thématique et capables d’assumer une volatilité élevée. Autrement dit, le plafond de 4 % ne constitue pas une consigne universelle, mais une borne supérieure destinée aux profils les plus tolérants au risque.
Cette recommandation s’appuie sur une tendance de fond : la montée en puissance des véhicules régulés. Les ETF spot sur le bitcoin (lancés en janvier 2024) et ceux sur l’ether (juin 2024) ont accéléré l’entrée des investisseurs institutionnels via des produits de marché « classiques ». Fin novembre 2025, les encours des principaux ETF bitcoin atteignaient près de 115 milliards de dollars, contre environ 17 milliards pour les ETF ether, à comparaison de leurs capitalisations d’environ 1 735 milliards (bitcoin) et 354 milliards (ether).
Un tournant institutionnel, malgré une volatilité persistante
Le timing peut surprendre au regard des secousses récentes. En novembre 2025, le bitcoin a perdu plus de 18 000 $ sur le mois, sa plus forte baisse mensuelle en dollars depuis mai 2021. La banque souligne elle-même que des épisodes de « spéculation excessive » peuvent propulser les prix bien au-delà de leur utilité réelle, ce qui impose une gestion active du risque.
Les flux sur les produits cotés confirment ce mélange d’appétit et de prudence. À l’échelle mondiale, les ETF/ETP crypto affichaient 179,16 milliards de dollars d’actifs fin novembre 2025, en retrait par rapport au record de 229,53 milliards atteint en septembre. Le mois de novembre a marqué des sorties nettes de 2,95 milliards, mais les entrées cumulées sur l’année restaient élevées, à 47,87 milliards, ce qui illustre une institutionnalisation ponctuée de prises de bénéfices.
La décision de Bank of America s’inscrit aussi dans une dynamique concurrentielle. En Europe, BBVA a récemment indiqué recommander aux clients fortunés une allocation crypto de l’ordre de 3 % à 7 % selon la tolérance au risque, signe que les curseurs bougent des deux côtés de l’Atlantique. Dans ce contexte, le choix d’une fourchette allant de 1 à 4 % apparaît comme une position pragmatique, suffisamment ambitieuse pour répondre à la demande et assez conservatrice pour limiter l’impact d’un choc de marché.
Ce que cela change pour les épargnants
Sur le plan de la gestion, l’enjeu n’est pas seulement « combien », mais « comment ». En privilégiant des véhicules régulés, l’approche vise à encadrer la conservation, la liquidité et le reporting. Pour un portefeuille de 100 000 €, 4 % représente 4 000 € : si le bitcoin corrige de 50 %, la perte se limite à 2 % du portefeuille total, ce qui reste compatible avec une allocation de diversification, à condition d’accepter des fluctuations rapides et d’appliquer une discipline de rééquilibrage.
Reste que la normalisation ne supprime pas les risques : volatilité, risques opérationnels, frais, et incertitudes réglementaires. La banque rappelle implicitement une règle de bon sens : l’adoption peut soutenir la valeur à long terme, mais elle n’offre aucune garantie, et l’investisseur doit considérer la crypto comme une niche (et non comme un cœur de portefeuille).
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