La self-custody s’installe discrètement dans les usages numériques

Fin 2025, la self-custody n’est plus un symbole de résistance technophile. Elle glisse progressivement dans la catégorie des pratiques ordinaires, adoptée non par militantisme, mais par pragmatisme.
Une pratique qui cesse d’être marginale
L’essor des solutions non-custodiales s’observe dans les métriques on-chain : plusieurs analyses publiées en 2024 et 2025 par Chainalysis montrent une hausse régulière des dépôts vers wallets personnels après chaque incident de sécurité majeur. Ce mouvement n’est plus ponctuel. Il reflète une évolution structurelle des comportements : une part croissante des utilisateurs cherche à fragmenter la détention de leurs actifs, à répartir les risques et à réduire l’exposition aux plateformes.
L’âge moyen des utilisateurs de crypto en Europe (autour de 33 ans selon l’ESMA) révèle un public habitué à gérer lui-même ses données, ses sauvegardes et ses accès numériques. Pour ces profils, conserver ses clés ressemble davantage à la gestion d’un gestionnaire de mots de passe qu’à une opération technique complexe.
La normalisation passe par l’ergonomie
Pendant longtemps, la self-custody souffrait d’un problème : l’interface. Seed phrases de 24 mots, procédures de restauration obscures, interaction avec des réseaux multiples… le modèle n’était pas taillé pour un usage de masse. Depuis deux ans, le paysage s’est métamorphosé.
L’Account Abstraction (ERC-4337), déployé sur Ethereum et repris par plusieurs networks EVM, a introduit la possibilité d’un wallet programmable : récupération sociale configurée en quelques clics, limites de dépenses, approbations intelligentes. Ces fonctions rapprochent la self-custody d’un modèle familier, celui des paramètres de sécurité que l’on ajuste sur un smartphone.
Les industriels comptent sur cette convergence. Ledger, Trezor et Safe ont concentré leurs efforts sur la réduction de friction : écrans tactiles, onboarding guidé, sauvegardes chiffrées sur cartes sécurisées, synchronisation entre appareils sans exposer la clé. L’objectif n’est plus seulement d’être plus sûr : c’est de devenir « transparent », intégré dans un parcours utilisateur fluide.
Une pratique encouragée, mais pas par tout le monde
Les régulateurs européens considèrent la self-custody comme hors champ de MiCA tant qu’aucun service tiers n’intervient. Cette neutralité légale offre un espace où les utilisateurs peuvent gérer leurs actifs sans passer par un CASP. Pour certains acteurs institutionnels, cela reste un angle mort : le cadre protecteur mis en place pour les plateformes ne s’applique pas aux usages privés.
En conséquence, des fintechs et des banques explorent des modèles intermédiaires, mêlant MPC, compartimentation des clés et assistance technique, afin de rester dans le périmètre régulé tout en répondant à la demande d’autonomie.
Cette diversification montre que la self-custody n’est plus un bloc monolithique. L’utilisateur n’a plus à choisir entre « tout ou rien ». Il peut déléguer certaines couches (sauvegarde, chiffrement, recouvrement) tout en tenant la clé principale. Cette modularité contribue à la normalisation de la pratique.
La self-custody comme compétence numérique
La bascule la plus profonde n’est peut-être pas technologique mais culturelle. En 2025, la gestion autonome d’un portefeuille crypto s’apparente de plus en plus à une compétence numérique standard, comparable à l’usage d’un gestionnaire 2FA ou d’un mot de passe maître. Pour de nombreux utilisateurs, elle n’est plus perçue comme un geste d’expert mais comme une bonne hygiène.
Cette perception est renforcée par des épisodes répétés : hacks de plateformes, pertes d’accès, erreurs de gestion de cold storage par des intermédiaires… Les rapports de la FDIC comme ceux de Chainalysis ont documenté ces défaillances. La répétition a un effet pédagogique : elle ancre l’idée que la délégation totale comporte un coût.
Au fond, la self-custody devient une question de maturité numérique : savoir ce que l’on confie, à qui, et ce que l’on décide de garder pour soi.
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