Polymarket revient sur le marché US sous supervision complète de la CFTC

Pendant des années, Polymarket a incarné la zone grise des marchés de prédiction crypto. Surtout sur les paris politiques en stablecoins. En 2022, la CFTC a frappé : amende de 1,4 million de dollars, fermeture de plusieurs marchés et blocage des utilisateurs américains. Trois ans plus tard, Polymarket pourra à nouveau opérer sur le marché US. Cette fois comme bourse régulée de contrats sur événements, sous supervision complète.
De la sanction au retour encadré
Après la sanction, Polymarket ne se contente pas de se délocaliser. La société crée une entité régulée (QCX LLC) pour dialoguer avec la CFTC. Ce travail aboutit fin 2025 au statut de « Designated Contract Market ».
Polymarket passe du statut de DApp de paris vue comme trop crypto à celui de marché expérimental intégré au périmètre du régulateur. La CFTC ne bannit plus les marchés de prédiction, elle choisit de les ramener dans ses filets.
Le nouveau label implique des obligations de gouvernance, de surveillance et de gestion des risques. La plateforme reste nourrie par une culture on-chain, cependant son fonctionnement devra désormais cocher les cases de la compliance américaine. Pour les acteurs crypto, le message est net. Il est possible de faire coexister dérivés sur événements et régulation fédérale… à condition d’accepter une discipline proche de celle des bourses de futures.
Un nouveau modèle pour les utilisateurs américains
Ce changement de statut s’accompagne d’un changement de modèle. Les résidents américains ne se connecteront plus directement à Polymarket avec un wallet et quelques USDC. Ils passeront par des intermédiaires, brokers ou Futures Commission Merchants. Ceux-ci géreront la relation client, le KYC, les dépôts et les marges. La plateforme devient surtout une infrastructure en coulisses, chargée d’apparier les ordres et de faire respecter les limites de position imposées par la CFTC.
Pour l’utilisateur final, l’expérience devrait se normaliser. Jusqu’ici, accéder à Polymarket supposait un minimum de culture DeFi et une interface parfois intimidante. Demain, les mêmes contrats pourront apparaître dans des applis de courtage plus familières, à côté des actions, des ETF ou des options. On ne cliquera plus sur un site crypto pour parier sur l’issue d’une élection, on ouvrira un onglet « événements » dans une plateforme déjà connue.
Une ligne de crête entre politique, data et finance régulée
Polymarket n’avance pas seule sur ce terrain. Depuis 2021, Kalshi opère sous supervision de la CFTC avec des marchés sur les taux, l’inflation ou les élections.
La plateforme a remporté en 2024 une bataille judiciaire décisive autour de ses contrats politiques, ce qui a conforté l’idée que ces produits pouvaient rester dans le giron de la régulation plutôt que glisser vers le pari sportif pur. Polymarket arrive avec un ADN plus crypto, une communauté engagée et un historique de liquidité on-chain qui nourrit sa réputation.
Cette montée en puissance nourrit néanmoins un malaise politique. Certains élus redoutent de voir les scrutins transformés en terrain de jeu pour spéculateurs. La CFTC défend l’option inverse : mieux vaut encadrer que laisser prospérer des clones non déclarés, accessibles via n’importe quel VPN. Dans les faits, les marchés de prédiction produisent aussi des probabilités implicites que certains fonds commencent à suivre, non pour « jouer le match », mais pour affiner leurs scénarios de risque.
Polymarket aborde donc cette nouvelle phase sur une ligne de crête étroite. Plus la plateforme adopte les codes de Wall Street, plus elle risque de lisser ce qui faisait sa singularité aux yeux de la communauté crypto. À l’inverse, si elle s’accroche trop à une esthétique purement on-chain, elle se heurtera rapidement aux lignes rouges d’un régulateur attentif. Elle devient un laboratoire grandeur nature pour tester jusqu’où les marchés de prédiction peuvent s’installer au cœur du système sans se confondre avec un simple jeu d’argent déguisé.
Source : Polymarket
Pour aller plus loin sur le sujet :
- Kalshi lève 1 Md$ : la plateforme de prédiction change d’échelle
- UFC x Polymarket : la prédiction en direct débarque pour les combats
- Les chercheurs de Columbia accusent Polymarket de manipuler ses volumes