La Corée du Sud se lance dans la bataille des stablecoins : quelles opportunités saisir ?

La Corée du Sud appuie sur l’accélérateur. Après des mois de débats, Séoul prépare un cadre dédié aux stablecoins indexés sur le won. Avec un CBDC mis en pause et une volonté affichée de réduire la dépendance aux tokens adossés au dollar, le pays s’apprête à ouvrir un nouveau terrain de jeu pour les paiements, les transferts et la tokenisation.
Le pivot politique : un cadre “KRW-stablecoin” dès cet automne
Le superviseur financier (FSC) doit présenter en octobre un projet de loi fixant règles d’émission, collatéralisation et garde des réserves pour les stablecoins, avec un objectif clair : préparer des jetons libellés en won et limiter la dépendance aux stablecoins en dollars.
Plusieurs analyses indiquent des exigences de collatéral intégral, des réserves détenues dans le système bancaire et un suivi temps réel AML/KYC (anti-blanchiment et vérification d’identité). La banque centrale a, de son côté, mis en veille son pilote de monnaie numérique (CBDC) et observe de près l’avancée du dossier stablecoins, signe que le vecteur « privé sous contrôle public » est désormais privilégié pour moderniser les paiements.
Les premières briques : KRW1, banques et fintechs
Le signal le plus visible est le lancement de KRW1, un stablecoin adossé 1:1 au won, publié par un dépositaire local sur Avalanche, avec preuve de réserves en temps réel et un POC mené avec une grande banque domestique. Même s’il reste en phase pilote et non distribué au grand public, c’est un jalon symbolique qui crédibilise la voie « KRW on-chain ». Côté établissements, des banques testent l’usage des stablecoins jusque dans des cas très concrets, y compris des parcours marchands et des transferts transfrontaliers.
Les fintechs grand public, elles, se positionnent déjà : leur avantage compétitif sera la distribution et l’UX plus que la pure ingénierie blockchain.
Les opportunités immédiates
Les paiements domestiques. Un stablecoin en won, régulé et garanti par des réserves bancaires, peut accélérer les paiements du quotidien, qu’ils soient en magasin ou en ligne : transfert quasi instantané, frais réduits, règlement immédiat. Les banques et super-applications pourront ainsi concurrencer les réseaux de cartes.
Les transferts d’argent et le commerce international. Pouvoir émettre et utiliser du won directement sur blockchain ouvre la porte à des échanges plus rapides entre pays d’Asie, surtout si les banques coréennes signent des accords avec leurs voisines.
Les entreprises et échanges B2B. Pour les exportateurs et importateurs, l’avantage est double : règlements plus fluides et automatisation de certaines étapes grâce à des contrats numériques. Les premiers acteurs gagnants seront donc ceux qui proposeront des solutions clés en main réunissant conformité, conservation et outils d’intégration aux logiciels comptables.
La tokenisation d’actifs. Un won utilisable directement sur blockchain facilite en effet les règlements de titres financiers numériques ou la distribution de « bons programmés ». L’expérience de KRW1 montre déjà comment ce type de jeton peut servir pour des paiements et une conservation en won numérique.
Les angles morts à surveiller : fuite vers le dollar et gouvernance des réserves
La banque centrale soutient prudemment l’idée d’un stablecoin en won, mais alerte sur deux risques : gestion des flux de capitaux et arbitrage entre KRW-coins et stablecoins en dollars. Si les passerelles sont trop perméables, la demande de dollars peut… augmenter, l’effet inverse de l’objectif initial. Un encadrement strict des réserves, des limites d’usage et une supervision en temps réel seront déterminants.
Autre point clé : la gouvernance des réserves. Les projets évoquent donc des réserves en banque sous supervision, des attestations en continu et une ségrégation stricte des actifs. Enfin, la coordination sectorielle comptera : si banques, émetteurs et fintechs lancent chacun « leur » KRW-coin non interopérable, on recréera des silos.
Les premiers pilotes suggèrent au contraire une orientation vers des standards de preuve de réserves et des intégrations bancaires partagées.
La « bataille des stablecoins » en Corée du Sud n’oppose donc pas seulement des technologies, elle oppose des trajectoires macro : rester arrimé au dollar ou faire émerger une couche de paiements et de règlements en won. Avec un projet de loi imminent, des banques déjà en test et un premier pilote KRW1, les cartes sont en train d’être rebattues. Les opportunités les plus proches se joueront donc sur l’UX des paiements, les envois de fonds régionaux, le B2B programmable et la tokenisation locale.
Pour aller plus loin sur le sujet :
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- Corée du Sud : vers une loi stricte sur les stablecoins ?
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