La Chine envisage des stablecoins adossés au yuan : un virage stratégique

Pékin étudie l’autorisation de stablecoins indexés sur le yuan. L’objectif est clair, soutenir l’usage international de la devise et rattraper l’avance américaine. Un plan détaillé doit être examiné par le Conseil d’État avant la fin du mois, selon des sources proches du dossier.
Pékin prépare un cadre pour des stablecoins en yuan
Le projet marque une inflexion majeure après l’interdiction des cryptomonnaies en 2021. Il s’inscrit dans une feuille de route plus large visant à accroître l’utilisation du yuan hors de Chine continentale. Le document prévoirait le rôle des régulateurs, les garde-fous de risque et des étapes de déploiement.
Les autorités veulent un dispositif strict. L’émission et la circulation se feraient dans un environnement contrôlé, avec des vérifications KYC et lutte anti-blanchiment renforcées. La priorité va aux cas d’usage concrets, comme le financement du commerce et les paiements transfrontaliers. L’objectif n’est pas la spéculation, mais l’efficacité des règlements.
Cette orientation intervient dans un contexte délicat pour la devise. Les paris baissiers sur le yuan ont récemment augmenté, reflet d’une confiance fragile. Pékin cherche donc des leviers crédibles pour soutenir la demande de yuan à l’international.
Hong Kong en première ligne, Shanghai en appui
Les premiers pilotes viseraient Hong Kong et, en parallèle, Shanghai. Hong Kong dispose déjà d’un cadre pour les stablecoins et échappe aux contrôles de capitaux de la Chine continentale. Le territoire apparaît comme le terrain d’essai idéal pour un stablecoin en yuan adossé à des actifs libellés en CNH.
Des groupes technologiques ont poussé dans ce sens. JD.com et Ant Group ont plaidé pour des stablecoins en yuan émis à Hong Kong, afin de soutenir l’usage global de la devise. Leur proposition cible d’abord l’offshore, avec une éventuelle extension vers d’autres marchés.
Le signal a été entendu par les marchés domestiques. L’indice de Shanghai a atteint un plus haut de dix ans, porté par les valeurs fintech et les titres liés au thème stablecoin, à la suite des révélations sur ce projet. Cette réaction montre l’attente d’un changement de cap durable.
La stratégie ne se limite pas aux stablecoins. La Chine pousse aussi son yuan numérique, l’e-CNY, déjà testé à grande échelle. Les deux outils servent des objectifs différents. L’e-CNY reste centralisé et domestique. Le stablecoin en yuan vise l’usage international et l’interopérabilité avec les marchés.

Ambitions et risques : internationaliser sans déclencher des sorties de capitaux
Pékin veut une alternative crédible face aux stablecoins en dollar, dominés par l’USDT et l’USDC. Le calcul est simple. Si une part des règlements commerciaux migre vers un stablecoin en yuan, l’influence du yuan progresse mécaniquement. Les premières cibles seraient les paiements transfrontaliers et la finance du commerce avec des partenaires asiatiques, moyen-orientaux et africains.
La prudence reste toutefois de mise. Les autorités craignent les sorties de capitaux, surtout en période de volatilité. Un modèle permissionné, avec des portefeuilles autorisés et des réserves en obligations libellées en yuan offshore, limiterait ces risques. Les banques publiques, comme Bank of China ou Bank of Communications, pourraient jouer un rôle d’émetteurs ou de dépositaires.
Le calendrier sera graduel. D’abord des pilotes limités, centrés sur des cas d’usage précis. Ensuite, une montée en charge si les garde-fous tiennent. Les observateurs notent que le Conseil d’État pourrait valider le principe rapidement, tout en laissant aux régulateurs le soin d’affiner la mécanique opérationnelle.
Cette évolution ne renverse pas l’hégémonie du dollar à court terme. Elle ouvre cependant une voie réaliste pour l’internationalisation du yuan. La combinaison Hong Kong, banques d’État et réserves en actifs yuan offre un cadre familier aux investisseurs. L’enjeu sera de bâtir la confiance et la liquidité, sans fragiliser le contrôle des flux.
Si Pékin confirme le cap, 2025-2026 pourraient voir naître les premiers stablecoins en yuan utilisables à l’international. Ils coexisteraient avec l’e-CNY et les réseaux de paiement existants. Le succès dépendra de l’appétit des entreprises importatrices et exportatrices, mais aussi du traitement réglementaire accordé par les partenaires commerciaux de la Chine. Dans ce jeu d’équilibre, chaque pas sera mesuré, et chaque pilote, décisif.
Source : Reuters
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