Russie : Le ministère des finances entrouvre la porte des cryptos aux citoyens

Longtemps verrouillé, l’accès aux cryptomonnaies pourrait bientôt être facilité pour les particuliers en Russie. Le ministère des Finances a proposé, en août, d’assouplir les critères d’entrée sur ce marché réservé jusque-là à une élite.
Une décision qui, si elle se confirme, toucherait des millions de citoyens et changerait la place des actifs numériques dans l’économie russe.
Un club fermé aux portes blindées
Jusqu’ici, le marché crypto en Russie ressemblait à un salon très privé. Pour y entrer, il fallait justifier d’un patrimoine d’au moins 100 millions de roubles (1,2 million de dollars) ou d’un revenu annuel supérieur à 50 millions de roubles. Autant dire que 99 % des Russes restaient dehors. La plupart se tournaient donc vers des plateformes étrangères, parfois opaques, parfois risquées.
Bien entendu, ce système convenait à la Banque centrale, obsédée par la stabilité monétaire. Mais le ministère des Finances, lui, constate une fuite de capitaux et une adoption croissante dans le reste du monde. D’où cette volonté de réécrire les règles, avec l’appui d’une partie du gouvernement.
Un assouplissement en préparation
L’idée est simple : baisser les seuils et élargir la base d’investisseurs. Les détails n’ont pas encore filtré, mais plusieurs sources proches du dossier évoquent un nouveau cadre d’ici à la fin 2025.
Moscou veut éviter d’être marginalisée alors que les États-Unis, l’Union européenne ou encore les Émirats arabes unis travaillent à encadrer et intégrer les cryptos. Il s’agit aussi de retenir l’épargne nationale alors que des sanctions internationales continuent de fermer beaucoup de portes. La crypto, paradoxalement, pourrait servir d’outil de souveraineté financière.
Des institutions qui se regardent en chiens de faïence
Rien n’est encore gagné. Le ministère des Finances pousse pour une ouverture contrôlée. Par contre, la Banque centrale freine, brandissant le spectre du blanchiment, des arnaques et d’une volatilité qui pourrait fragiliser les ménages.

Depuis mars 2025, un projet pilote permet déjà aux « investisseurs qualifiés » de tester le trading crypto sous supervision. Mais généraliser l’accès, c’est une autre affaire.
Autant dire que c’est une confrontation institutionnelle qui ralentit le processus. Elle met aussi l’accent sur une vérité plus large : en Russie, la crypto est aussi bien un sujet économique qu’un instrument de pouvoir.
Une régulation en construction
Parallèlement, Moscou a déjà posé quelques jalons. Le minage de Bitcoin est désormais légal, encadré par un registre national des mineurs, assorti de plafonds énergétiques et de contrôles fiscaux.
Le ministère du Développement numérique des Communications et des Médias veille au respect de ces règles, tandis que la Banque centrale accélère sur un autre front : le rouble numérique. Prévu pour juillet 2025, il servira de monnaie numérique de banque centrale et viendra compléter (ou concurrencer) l’essor des cryptos privées.
En clair, la Russie ne lâche pas les rênes. Elle avance sur deux fronts : l’ouverture mesurée aux actifs décentralisés et le déploiement d’un instrument monétaire maison.
Opportunités et risques pour les citoyens
Pour les particuliers, une ouverture du marché signifierait enfin la possibilité d’investir légalement, sans passer par des plateformes étrangères. En effet, cela permettrait de diversifier l’épargne, d’inclure des millions de Russes encore peu bancarisés et de stimuler l’écosystème technologique local.
Cependant, les risques sont réels : fraudes, volatilité, manque de culture financière. Les autorités le savent. Elles devront par conséquent accompagner la réforme d’une protection renforcée des investisseurs. Faute de quoi, l’enthousiasme populaire pourrait vite se transformer en scandales financiers.
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