Paiements bancaires : QNB adopte la blockchain de JPMorgan pour les USD

Poids lourd du secteur bancaire régional, Qatar National Bank devient la première à s’appuyer sur la blockchain de JPMorgan pour régler des transactions en dollars. Une avancée qui illustre comment les grandes banques intègrent peu à peu cette technologie dans leurs circuits quotidiens.
QNB passe au « blockchain money rail » de JPMorgan pour les paiements en dollars
QNB a confirmé avoir adopté Kinexys Digital Payments, l’infrastructure blockchain développée par JPMorgan, afin d’offrir à ses clients entreprises un traitement quasi instantané des règlements en dollars américains. L’initiative promet de transformer une pratique longtemps marquée par la lourdeur des systèmes bancaires traditionnels.
Selon Kamel Moris, responsable du transaction banking chez QNB, l’objectif est clair : « Nous pouvons garantir des paiements aussi rapides que deux minutes », a-t-il déclaré à Bloomberg.
La plateforme Kinexys n’est pas nouvelle. Lancée en 2019 par JPMorgan, elle a depuis gagné du terrain parmi les grands groupes financiers. Elle traite aujourd’hui environ 3 milliards de dollars par jour. Avec l’entrée de QNB, Kinexys s’étend désormais au Moyen-Orient, une zone stratégique pour les flux transfrontaliers en devises fortes.
Comment cela change le jeu pour les paiements bancaires en dollars
Les paiements en dollars transitent habituellement par un réseau de banques correspondantes. Ce mécanisme implique des délais de plusieurs jours et des frais multiples pour les clients. QNB et JPMorgan espèrent réduire ces frictions avec la blockchain.
L’intérêt principal réside dans la rapidité. Des virements qui nécessitaient parfois 48 heures pourraient désormais s’exécuter en quelques minutes. Les entreprises clientes y gagnent une visibilité immédiate sur leurs flux de trésorerie. La traçabilité est également renforcée. Les paiements passent par une blockchain privée commune aux banques du réseau. Cela assure à la fois leur traçabilité et leur contrôle immédiat.
Mais cette innovation n’est pas sans défi. L’interopérabilité entre systèmes bancaires reste limitée. Elle dépend, forcément, de la participation d’autres établissements. De plus, l’usage d’une blockchain privée comme Kinexys pose des questions de gouvernance et de dépendance vis-à-vis d’un acteur unique, en l’occurrence JPMorgan. Les autorités de régulation suivront de près l’impact de ces rails numériques sur la stabilité financière et la conformité aux règles anti-blanchiment.
Vers un nouveau standard au Moyen-Orient ?
L’adoption de Kinexys par QNB montre une réelle stratégie d’innovation. Dans cette région, les paiements transfrontaliers en dollars jouent un rôle important. Le Qatar, fortement inséré dans le commerce international d’hydrocarbures, cherche à fluidifier ses règlements et à offrir un avantage compétitif à ses grandes entreprises clientes.
À plus large échelle, cette décision pourrait inspirer d’autres banques de la zone MENA. Si l’expérience fonctionne, Kinexys pourrait devenir un standard régional pour les paiements en dollars. La blockchain pourrait alors concurrencer les systèmes traditionnels. Cela accentue par la même occasion la pression sur les réseaux historiques comme SWIFT, contraints d’accélérer leur propre modernisation.
La perspective est claire. Si d’autres institutions rejoignent le mouvement, le marché pourrait voir émerger une nouvelle infrastructure de paiement globale, où la blockchain se substitue peu à peu aux circuits existants. Mais pour l’heure, le succès dépendra de la montée en charge opérationnelle, de l’adhésion des régulateurs et de la capacité de JPMorgan à convaincre d’autres acteurs bancaires majeurs d’intégrer son réseau.
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