Binance : CZ juge la France en déclin après les kidnappings crypto

Pour Changpeng “CZ” Zhao, la France a « dévissé » ces dernières années, entre vague d’enlèvements visant des acteurs crypto, affaires judiciaires très médiatisées et raidissement réglementaire. Le propos intervient alors que Paris rouvre les tours de Notre-Dame et tente de rassurer un écosystème secoué par une série de faits divers violents et une surveillance accrue des plateformes.
Un signal d’alarme sur la sécurité crypto en France
CZ met en avant une réalité qui inquiète depuis des mois les dirigeants du secteur: la multiplication d’attaques physiques, de séquestrations et d’extorsions ciblant entrepreneurs, influenceurs et familles. Ce risque a dopé la demande de procédures “opsec” et de confidentialité chez les pros, tout en crispant les discussions autour de la responsabilité des plateformes et de l’exposition médiatique des fortunes crypto.
Dans ce contexte, le discours de prudence s’impose. Les boîtes qui recrutent, les VC et les desks de trading en France renforcent contrôles d’accès, escortes, anonymisation des trajets et protocoles d’urgence pour leurs équipes visibles. À court terme, cela pèse sur la qualité de vie des dirigeants et alimente un sentiment de vulnérabilité bien au-delà de la sphère crypto, en particulier dans l’Île-de-France.
Une série d’enlèvements qui a traumatisé l’écosystème
En janvier, des ravisseurs ont kidnappé l’ex-cofondateur de Ledger David Balland, exigé une rançon en crypto et sectionné un doigt avant que le GIGN n’intervienne. Au printemps, d’autres cas ont touché des proches de personnalités du secteur, nourrissant la crainte d’un ciblage systématique par des réseaux criminels.
Au total, les autorités ont mis en examen 25 suspects dans des dossiers liés à ces enlèvements et tentatives, preuve que la police a organisé sa riposte. En parallèle, plusieurs médias ont relaté des tentatives d’enlèvement avortées en plein Paris.
Le message a infusé dans la communauté: réduire son exposition publique, limiter les signaux de richesse et mettre en place des garde-fous techniques et humains.
Entre choc réglementaire et affaire Durov, un climat sous tension
L’année a aussi vu le feuilleton judiciaire autour de Pavel Durov, patron de Telegram, que les forces de l’ordre ont arrêté près de Paris en août 2024 avant de le placer sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la France pendant des mois. Cette affaire, très politisée, a servi de catalyseur aux critiques sur l’environnement hexagonal, même si elle relève d’un dossier pénal distinct de la crypto pure.
Dans le même temps, la pression réglementaire s’est durcie pour certaines grandes plateformes. Début 2025, des enquêteurs ont élargi une enquête pour soupçons de blanchiment et fraude fiscale visant un exchange majeur, tandis que Paris milite à Bruxelles pour un encadrement plus centralisé des acteurs sous MiCA. L’intention affichée: homogénéiser la supervision à l’échelle de l’UE pour éviter l’arbitrage réglementaire.
Image, attractivité et réponses à construire
Alors que les tours de Notre-Dame rouvrent au public et que le pays cherche à projeter une image de résilience, la sécurité de l’écosystème crypto reste un angle mort qu’il faut traiter de front. Les professionnels réclament un dialogue opérationnel avec les autorités: circuits d’alerte dédiés, recommandations de sécurité adaptées aux profils à risque, coopération avec hébergeurs, hôtels et conciergeries, et lignes directrices sur la discrétion numérique.
Les polices judiciaires, elles, montent en puissance sur la traçabilité on-chain et les unités anti-kidnapping, mais la prévention de terrain demeure clé pour réduire l’incitation au passage à l’acte. Côté entreprises, plusieurs pistes s’imposent : politiques d’anonymisation des dirigeants visibles, segmentation stricte des accès et pare-feu opérationnels, formations “anti-ingénierie sociale”, gestion des trajets et domiciliation discrète, avec recours à des prestataires de sûreté.
Pour les particuliers exposés, un triptyque devient donc incontournable: éducation sécurité, garde des clés en multisig avec dispositifs “dead man’s switch”, et assurance spécialisée. Enfin, pour l’attractivité, la France devra concilier sa volonté de leadership européen sur MiCA avec un accueil clair des innovateurs, faute de quoi la perception d’un pays “moins safe” continuera d’alimenter l’exode des talents et des capitaux vers des juridictions jugées plus prévisibles.
Pour aller plus loin sur le sujet :
- Enlèvement d’un ex-trader crypto en France : 10 000 euros en rançon et violences physiques
- EthCC à Cannes : une sécurité renforcée face aux enlèvements
- Nouveau kidnapping crypto à Maisons-Alfort : ce qu’il faut savoir